top of page

Le dissimulement comme geste

Sur le regard couvert : des icônes byzantines à Vision Within de Jehan Legac


Jehan Legac posant devant l’œuvre Vision Within exposée, portrait contemporain avec figure féminine aux yeux voilés en grand format.

Vision Within part d'une contradiction : une figure qui nous fait face entièrement, et qui ne peut pourtant pas nous voir. Les yeux sont couverts, non effacés, non absents, mais délibérément masqués par une bande de brocart cousue. Ce geste, couvrir les yeux tout en gardant le visage tourné vers l'avant, a une longue histoire ; il est antérieur à la peinture.


Le bandeau comme instrument sacré


Dans l'iconographie byzantine, les yeux des figures saintes étaient souvent peints avec une intensité proche de l'agression : larges, fixes, frontaux. Regarder une icône, c'était être regardé. La vision n'était pas un privilège humain ; elle circulait dans les deux sens, et la figure sacrée détenait le regard le plus fort.


L'inversion de cette logique — couvrir les yeux — apparaît dans des traditions rituelles à travers des cultures différentes, avec une constance difficile à ignorer. Des oracles qui ne pouvaient voir que pour voir plus loin. Des augures qui se détournaient du monde visible comme condition d'accès à l'invisible. Le bandeau n'était pas une privation, mais un instrument.


Magritte et le visage qui se retient


En 1927, René Magritte commence à peindre des visages recouverts de tissu — Les Amants, Le Viol — des images où le dissimulement n'est pas violence mais philosophie. Le visage couvert, chez Magritte, refuse la logique du portrait : on ne peut lire ce qu'on ne peut voir, et ce qu'on ne peut lire, on ne peut le posséder. Le visage masqué reste souverain.


Ce que Magritte a compris, et ce qui revient tout au long de l'histoire du regard couvert, c'est que le dissimulement n'est pas une absence. C'est une redirection de l'attention. Quand les yeux disparaissent, tout le reste s'aiguise : la tension de la mâchoire, l'immobilité de la bouche, la posture du corps. Le visage devient lisible dans un autre registre.


Ce qui reste quand le regard se ferme


Dans Vision Within, Jehan Legac s'inscrit dans cette lignée sans l'illustrer. La bande de brocart qui couvre les yeux de la figure n'est pas uniforme ; elle est assemblée à partir de fragments de tissus, de couleurs et d'origines différentes. Elle porte sa propre histoire. Et en dessous, la bouche reste à peine ouverte, non pour parler, mais comme si respirer suffisait à maintenir un contact avec le monde.


Détail de Vision Within mettant en évidence la bande de brocart cousu couvrant les yeux, avec textures et fragments textiles visibles.
Détail de Vision Within 150x150 cm, 60x60 in. | Peinture originale à l'huile sur toile

}La frontalité de la figure rend le dissimulement plus précis, non moins. Elle ne se détourne pas. Elle tient sa position. Ce que produisent ici les yeux couverts n'est pas l'aveuglement, mais une attention d'une autre nature, une attention qui n'a pas besoin du monde extérieur parce qu'elle est entièrement occupée ailleurs.


C'est ce geste que Jehan Legac hérite et poursuit : le dissimulement non comme une perte, mais comme la condition d'une vision qui s'est retournée sur elle-même.



 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
In The Ecliptic Grace, Jehan Legac explores the silent geometry of celestial motion — a poetic balance between order and chao
  • Trapos
  • Instagram
  • X
  • Facebook

Droits d'auteur. © [2026] Jehan Legac Art.

Tous droits réservés. Aucune partie de cette œuvre ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit sans l'autorisation écrite préalable de l'artiste.

bottom of page