Jehan Legac
Peintre et photographe contemporain

STATEMENT
Ma pratique réunit deux disciplines que j’ai exercées en parallèle pendant cinq décennies : la photographie et la peinture. Depuis mes premiers appareils à Paris, dans les années 1970, jusqu’aux missions photographiques conduites pour la Marine française sous le commandement de l’Amiral Philippe de Gaulle — du Pôle Nord aux îles tropicales — puis à New York et dans les capitales que j’ai habitées, l’image est restée ma langue.
J’ai aimé la photographie parce qu’elle offrait la maîtrise de l’instant : un millième de seconde suffit à saisir une lumière, un regard, un sourire, une angoisse, un danger qui ne reviendront jamais devant mes yeux de la même façon. Mais une photographie ne vit guère plus de soixante-dix ans, et cette fragilité m’a longtemps troublé — ces instants patiemment capturés étaient condamnés à s’éteindre en même temps que leur support. La peinture à l’huile sur toile, elle, peut traverser les siècles. Pouvoir partager, dans plusieurs générations, une émotion nouée aujourd’hui dans le silence d’un atelier donne à ma générosité naturelle un plaisir qu’aucune image argentique ne pourra jamais m’offrir. C’est ce désir de durée qui m’a conduit à la peinture.
Je peins aujourd’hui la figure féminine à l’huile sur toile, en grands formats. Mais avant que le pinceau ne rencontre le lin, une chambre noire d’un nouveau type se met en marche. J’utilise, depuis bientôt deux ans, les outils d’intelligence artificielle générative comme un laboratoire — un espace où mes propres photographies, accumulées au fil des décennies, sont retravaillées, transformées, hybridées avec mes intuitions du moment. L’IA n’est ni l’auteur ni l’œuvre : elle est un outil, comme l’a été la chambre argentique avant elle. Elle exige de la maîtrise, du dialogue, de la direction — un œil qui sait ce qu’il cherche.
Ce qui apparaît sur la toile — ces visages voilés, ces silhouettes suspendues entre présence et absence, ce dialogue entre le bleu profond et la feuille d’or — vient d’une mémoire visuelle patiemment construite. Je m’inscris dans une lignée qui, de Warhol à Richter, de Chuck Close à David Salle, a fait de l’image technique la matière même de la peinture. Le geste manuel reste central : chaque tableau est un objet peint, à l’huile, dans une technique millénaire.
Je cherche à faire émerger, dans le silence, une figure féminine qui échappe à la narration — une présence qui parle sans mots, à mi-chemin entre le portrait et l’icône, offerte à celui ou celle qui la découvrira, aujourd’hui ou dans trois cents ans.